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Écrivaillon du dimanche, je rends toujours mon avis en retard et j'excelle dans l'autodérision inversée et sinon IRL je me prétends CM.

[Critique Reporter] John Carter par Aterraki

J’avais eu l’opportunité d’assister à la présentation de John Carter il y a quelques semaines et j’attendais avec une grande impatience de pouvoir découvrir le film en entier. J’ai découvert assez tardivement l’existence de ce projet, l’année dernière grâce à un superbe trailer qui promettait énormément : la perspective de découvrir un univers inédit, un peu à la manière d’Avatar, mais celui à la différence était plus proche de l’heroic-fantasy matinée de SF.

Cet univers, le Cycle de Mars, évoquait forcément beaucoup de choses et pour cause, l’auteur fut une source d’inspiration pour nombres d’auteurs et de réalisateurs, de Lucas à Cameron en passant par les créateurs de Flash Gordon et un pléthore de jeux vidéo. Même s’il est moins connu que d’autres dans nos contrées, Edgard Rice Burrouhgs a créé un univers crédible, très étayé dans le registre du « Planet Opéra ». Le héros, John Carter, est donc ainsi amené à visiter Mars (Barsoom) et découvrir de nouvelles contrées et de nouveaux peuples et espèces. Le canon même de l’intrigue – un héros en exil sauve une princesse et affronte son destin – est lui-même archi-classique. Pourtant il faut rappeler que tout les jeux-vidéos, films, livre, BD, ce sont tout simplement inspirés des écrits de Burrouhgs. Alors finalement ce classicisme assumé ne me rebutait pas, bien au contraire.

Pour commencer, le relief de ce film, oui je tiens à commencer par ceci, même s’il n’a pas été prévu dés le départ du projet mais ajouté ensuite (pour des raisons mercantiles bien sûr), n’est pas dérangeant ni moche et se fait suffisamment discret pour l’oublier.

Ensuite la construction de ce monde imaginaire est très réussie, je n’avais plus autant apprécié observer le paysages et divers décors depuis longtemps. Le personnage principal, même si son apparence rappelle une adaptation foireuse d’un jeu vidéo (Prince of Persia) est assez charismatique pour plaire. Et puis j’aime que le réal, la production assume d’affubler le héros d’une tenue très kitch, cela donne de la sympathie à cette production atypique.

Oui la production de ce film est une chose rare et rien que cela est extrêmement louable. Le public actuel ne me semble plus être la cible pour ce Genre de film. Il respire une « atmosphère datée » qui n’est pas péjorative pour moi. Un peu à la manière de Super 8 qui fut critiqué à sa sortie (indubitablement par d’infâmes personnes) pour ses emprunts répétés aux années 80. John Carter s’inspire des films et romans kitchs des années 60 aux années 80 mais c’est bien logique puisqu’eux-mêmes c’étaient inspirés des romans de Burrouhgs.

L’histoire a donc une structure plutôt sommaire et un peu clichée mais cela nous permet d’accrocher aux différents personnages à l’exception de la princesse que je trouve assez fade. On navigue dans des eaux connues, mais cette simplicité n’empêche pas de rentrer dans cet univers pour peu que l’on se laisse happer. Les créatures sont particulièrement réussies à l’image des Tharks, les hommes verts à 4 bras ou encore le speed-chien-lézard Woola assez amusant.

Le film se permet des ellipses parfois déroutantes au service d’un récit sans grand temps mort mais pourtant tout n’est pas parfait, on sent des coupes et réécritures qui simplifient l’histoire, probablement pour contenter le plus grand nombre, le film dure déjà 2h20. Mais ce n’est pas tout, les scènes d’actions plutôt assez lisible au début deviennent plutôt brouillonnes vers la fin et quelques passages deviennent presque illisibles. J’ignore si c’est par manque de temps, mais cela reste assez dommage, la partie (courte) terrienne est très réussie, l’exploration de Mars aussi. Les Therns (personnages ambigus) ne sont pas assez exposés, dommage, ces personnages étaient de loin les plus intéressants.

Finalement, John Carter souffre de sa mythologie trop importante pour pouvoir tenir dans un seul film. Il se retrouve étriqué entre la présentation de son background, des personnages aux relations complexes et un récit raisonnablement simple pour pouvoir capter l’ado habitué à du pré-mâché. C’est cette dualité qui ne lui permet pas de devenir une œuvre culte. Toute proportion gardée. Le film navigue dans une disposition bancale qui risque de déplaire bien qu’il est de nombreuses qualités artistiques évidentes. Malgré cela j’honore le risque d’avoir produit cet objet hybride entre plusieurs époques et styles. Bravo à Disney, habituellement si lisse dans ses choix de production, d’avoir parié 250 millions de budget pour une histoire de princesse Martienne en détresse.

Aterraki (son Twitter)

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