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Critique : Django Unchained – Trop vieux pour mourir jeune

En 1992, Quentin Tarantino réalise son premier chef d’œuvre. Film coloré de braquage, sans braquage. Plus d’une vingtaine d’années après, son cinéma est devenu pour votre serviteur plus qu’une simple liste sur IMDB. J’ai grandi avec Tarantino, et Tarantino a grandi avec moi. À l’aube d’une possible retraite pour le jeune homme de Knoxville devenu vieux, une chose est désormais sûre : « The QT isn’t silent ».

Un désert. Deux hommes belliqueux montés sur leurs canassons et une troupe de nègres. Oui, de nègres, appelons un chat un chat, Quentin s’en fout et Spike Lee peut aller se faire enculer. Cette meute d’hommes noirs marche, à bout de force. Le noir de leur peau rappelle celui des costumes de Mr Blonde, Mr Pink et consœurs. Pourtant, ce n’est pas Little Green Bag que l’on entend, mais un morceau de Luis Bacalov rappelant le film de Sergio Corbucci dont s’inspire librement Tarantino.

Cette scène marque le commencement d’une œuvre majeure dans sa filmographie. On l’accuse à longueurs d’années de recycler, voir de piller, en enrobant le tout d’une dose accrue de violence gratuite. Tarantino n’en à que faire et le montrera tout le long des 2h40 du métrage. Piochant allègrement dans ses classiques cinématographiques et musicaux, il s’amuse et s’éclate parce qu’il adore faire et défaire le cinéma, son cinéma, celui avec lequel il a grandi, celui avec lequel on a grandi.

Tarantino est un rappeur, usant de samples filmiques tout en dépoussiérant un genre ancien, en le libérant de ses carcans. Ici, le protagoniste principal n’est pas l’étranger as de la gâchette arrivant en ville pour la délivrer d’une bande de gangsters. Jamie Foxx incarne un héros en devenir, recueillis par un mentor providentiel. Le duo va ainsi apprendre l’un de l’autre, restant tout de même des étrangers pour le reste du monde. Une ville à libérer ? Que nenni, l’objectif du héros prend d’autres formes, plus avantageuses et bien plus agréables à l’œil.

Ce respect du genre couplé au bousculement de ses stéréotypes, cette rencontre du passé et du présent permet alors à Tarantino de faire littéralement ce qu’il veut. Balancer un bad ass 100 Black Coffins dans un western ? Pourquoi pas ! Puisque c’est cool !

Tarantino doit cependant garder une certaine maitrise de son « délire » et ne pas tomber dans l’absurde idiot et total. L’ultra-violence qui jalonne le film n’est malheureusement pas contre-balancée par les habituelles scènes de dialogues à rallonge qui font de ces bobines des chefs d’œuvre. On se souvient tous de ces vingt minutes de tension avant le massacre de La Louisiane dans son précédent film.

Ce défaut me pousse à croire que les 2h40 de métrage ont été trop courte pour Tarantino. Réalisateur bavard et généreux, le bonhomme aurait peut-être dû nous refaire le coup du diptyque pour se défaire des chaînes de la durée d’un film. On espère une version longue pour la sortie vidéo.

Cette envie d’en dire beaucoup possède Tarantino depuis des décennies. L’homme parle vite et énormément, surtout quand il s’agit de parler de Septième Art. Avec l’avénement du tout numérique, Quentin Tarantino, cet amoureux de la péloche, a récemment émis l’hypothèse de laisser tomber la caméra pour la machine à écrire. Tarantino écrivain ? Cela ne m’étonnerai guère venant d’un cinéaste adepte des intrigues non linéaires et des personnages travaillés. Là encore, chacun des seconds, voir des troisièmes rôles de son long métrage semblent avoir leur propre histoire, écrite sur dix pages, dans un des tiroirs du bureau du réalisateur. De Big Daddy et sa meute de cagoulés à la relation ambigüe entre Calvin et sa sœur, Tarantino souhaiterai surement nous raconter toutes ces histoires qui tambourinent dans sa caboche. Tout ce Tarantino-verse, toutes ces choses qu’on aimerait savoir sur les Frères Vega ou sur la création du détachement international des vipères assassines.

Tarantino, à l’image d’un Stan Lee, a créé son monde, son cinéma, avec ses protagonistes, ses vilains et sa propre Histoire (avec un grand H). Le voir se libérer du format cinématographique pour œuvrer dans la littérature ou le comic book serait franchement emballant, mais Quentin Tarantino sera-t-il toujours Quentin Tarantino sans le cinéma ?

Nous ne sommes sûrs de rien actuellement. Pour le moment, profitons de son nouveau héros : Django. Personnage à l’image de la filmographie de son créateur, Django traine ses flingues sur divers péloches depuis quarante-sept ans, le voici donc aujourd’hui mis en images par l’un des plus grands cinéastes de son temps. Pour une version à la fois old school et terriblement juvénile : Django Unchained.

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4 commentaires to “Critique : Django Unchained – Trop vieux pour mourir jeune”

  1. gretel #

    Spike lee t’emmerde, il est le meilleur témoin des Etats Unis dans son évolution et aujourd’hui que Tarantino

    ouais, c’est cool, du hip hop du western, avec de l’esclavage hmm, c forcément bon parce que Tarantino qui n’en fini plus de ressasser (piller) ses références de la blaxploitation

    ça fais du bien d’entendre des avis divergents, donc Spike lee t’emmerde.

    28 janvier 2013 at 16 h 01 min Répondre
  2. gretel #

    Malcom X

    la 25 eme heure

    Inside man

    do the right thing

    va mater ça et reviens critiquer

    28 janvier 2013 at 16 h 03 min Répondre
    • Yohann #

      J’aime beaucoup Spike Lee, je trouve par exemple qu’Inside Man est un petit bijou. Je n’ai rien à redire concernant le cinéaste, mais l’homme me gonfle.

      À chaque film de blackspoitation de QT c’est la même rengaine sur le fameux N word. Il a d’ailleurs critiqué Django sans avoir vu le film.

      J’ai vu toute sa filmo, que Spike Lee aille voir les films sur lequel il crache, et il pourra critiquer.

      Donc, j’emmerde Spike Lee l’homme, mais j’admire toujours autant le cinéaste.

      28 janvier 2013 at 22 h 21 min Répondre
  3. gretel #

    Spike lee à le droit de donner son opinion, ce mec sait de quoi il parle , il connait les stéréotypes et les clichés, les poncifs dans l’imagerie ordinaire véhiculés par le cinéma

    donc quand un réalisateur indépendant ne va pas dans le sens de tout le monde on devrait plutôt se demander pourquoi au lieu , d’aller dans le sens du vent et de taper sur le bonhomme… voila mon propos

    surtout sur cette question de l’esclavage et tout ce que ça peu bien susciter.

    29 janvier 2013 at 16 h 20 min Répondre

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